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Fiches de recherche

 

1.3 Groupes professionnels, métiers

 

 

  • Nouvelles perspectives de la sociologie des groupes professionnels

Régine Bercot, Charles Gadea, Sophie Divay (dir.)

À paraître en 2009 aux Éditons Octares

 

Cet ouvrage s’appuiera pour une part importante sur les travaux exposés lors du colloque de l’Association Française de Sociologie de septembre 2006 sur les métiers et professions. Trois axes seront privilégiés : - Les relations amateurs profanes experts : comment s’articule la place des experts et des profanes ? Nous étudierons comment ils collaborent ensemble (vision synchronique) mais également comment la passion des amateurs peut constituer une voie d’entrée dans une carrière professionnelle (vision diachronique). Les savoirs entre experts et profanes peuvent ainsi s’articuler dans un même mouvement de professionnalisation ;

- La diversité des formes de régulation : la régulation est portée par des acteurs divers et se situe tantôt au niveau des professionnels, tantôt au niveau de l’État ;

- L’émergence et tournants dans les groupes professionnels : on privilégie dans cette partie l'approche des métiers sous l'angle de la dynamique sociale, en portant l'attention sur des professions en émergence (par exemple dans le monde du sport professionnel) ou sur des transformations en cours qui redéfinissent les conditions de l'exercice professionnel (par exemple l'activité en réseau dans les professions de santé). Les évolutions des métiers seront mises en correspondance avec celles de la société contemporaine (globalisation, internationalisation des marchés du travail, instauration de la « société de la connaissance », évolution des pratiques managériales).

 

 

 

  • Processus de dévalorisation

Régine Bercot, Alexandre Mathieu-Fritz

 

Nous nous proposons avec Alexandre Mathieu-Fritz, Maître de conférence à Marne la Vallée, de comparer les processus de dévalorisation relatifs à l’œuvre. Nous nous intéresserons à des métiers situés parmi les moins défavorisés. Nous mettrons ainsi en perspective ces processus pour trois métiers que nous avons étudiés ou étudions par ailleurs : les huissiers, profession déconsidérée car « mal aimée », les chirurgiens, profession éminemment prestigieuse, qui craint une dévalorisation relative, enfin les sociologues profession que l’on peut considérer comme relativement « invisible » : trois manières en somme d’être situé socialement. Ce travail vise à prendre au sérieux ces représentations négatives en observant comment les professionnels tentent, via leurs organismes de représentation, de les modifier, comment celles-ci sont mobilisées par les « usagers » pour agir face aux professionnels concernés, ou bien encore comment des individus finissent par exercer des activités qui ont généralement mauvaise presse. Nous nous appuierons sur plusieurs recherches ou sur les résultats d’enquêtes déjà réalisées. L’analyse s’efforce ainsi de comprendre de quelle façon toutes ces images négatives véhiculées à propos de certains professionnels deviennent acceptables socialement.

 

Valorisation : R. Bercot, Colloque sur l’utilité des sciences sociales, université de Paris 8 en 2007, devant faire l’objet d’une publication.

R. Bercot, A. Mathieu-Fritz, Ouvrage sur les processus de dévalorisation des métiers en perspective.

 

  • Quelle place pour le médecin généraliste ?

Chantal Horellou-Lafarge

À paraître en 2009

 

Cet article en préparation fait suite à trois enquêtes menées successivement sous la direction d’Anne Chantal Dubernet. Ces différentes recherches portent sur les conséquences de deux grandes réformes des études médicales en France. La première date de 1982, réforme des études médicales de 1982 et ses effets sur le choix professionnel des médecins, De « faire médecine » à « faire de la médecine », et « Le choix d’une vie ». Dans le souci de revaloriser la médecine générale, alors que jusque-là le troisième cycle n’était obligatoire que pour faire une spécialité, elle a consisté d’une part à créer un troisième cycle obligatoire pour les étudiants en médecine générale appelé résidanat, et d’autre part elle a exigé l’internat pour tous les futurs spécialistes.

En 2004 une nouvelle réforme est appliquée aux études de médecine. Elle vise les mêmes objectifs que celle de 1982 : contrôler le flux médical et revaloriser la place du médecin généraliste. Le concours dit concours d’internat est supprimé au profit de l’examen national classant. Dorénavant les étudiants de fin de deuxième cycle passent tous le même examen. Selon leur place dans le classement, ils s’inscrivent dans la spécialité qu’ils souhaitent exercer. La médecine générale est considérée comme une spécialité. Mieux l’étudiant sera classé, plus large sera le choix qui s’offrira à lui.

A la suite de l’étude précédente nous nous sommes attaché à suivre la procédure de choix des étudiants après l’examen national classant. Les ECN ont pour objectif de répartir les étudiants entrant en troisième cycle dans des préparations à des DES (diplômes d’études spécialisées) en fonction de quotas de postes d’internes dans différentes disciplines ou filières.

Valorisation : Un article, qui sera le prolongement d’une communication effectuée au colloque de l’AFS en septembre 2006 sous le titre : « L’image de la place du généraliste chez les généralistes et les jeunes généralistes ». J’y montre les contradictions entre la volonté affichée des pouvoirs publics de revaloriser la médecine générale, et la réalité observée. En effet on constate que les réformes mises en place, l’attitude toujours négative des universitaires et des étudiants vis-à-vis de la médecine générale, la distinction maintenue entre le prix de la consultation du généraliste et celle du spécialiste, l’incapacité à définir ce que doit être la médecine générale aujourd’hui, ne font qu’accentuer l’image dévalorisée du généraliste et de son activité.

 

 

 

  • Le rapport des femmes au métier de chirurgien

Régine Bercot , Alexandre Mathieu-Fritz

 

Les travaux antérieurement effectués ont permis de mettre en évidence certaines dimensions de la crise du métier de chirurgien et de départager les dimensions réelles de cette crise, d’autres qui se sont révélées être de l’ordre du mythe. Il est clairement apparu que le métier de chirurgien conserve un fort prestige parmi les étudiants qui continuent à le choisir lorsqu’ils sont dans les premiers aux épreuves classantes nationales (ECN). Cependant les filles sont de plus en plus nombreuses parmi les premiers reçus à l’examen. Or traditionnellement, elles ne choisissent chirurgie que dans de très faibles proportions. En conséquence, la faible place occupée par les femmes au sein de la chirurgie prend une résonnance nouvelle. C’est cette absence de motivation des femmes pour la chirurgie que nous proposons d’approfondir. Elle peut notamment être liée à trois dimensions :

- Les conditions de l’activité de travail et notamment la durée du travail rendent difficile la conciliation d’un investissement simultané dans le travail et hors du travail ;

- Les femmes se feraient une idée de ce qu’est un métier permettant de se conformer à une certaine image de la féminité et la chirurgie ne correspondrait pas à cette idée ;

- Le milieu des blocs opératoires ne réserve pas toujours un accueil favorable aux étudiantes qui font leurs stages dans ces services. L’ambiance machiste qui y règne le constituerait en milieu hostile.

Il s’agira pour nous de vérifier ces hypothèses et de prendre la mesure de ces différentes dimensions.

 

 

  • Sténographes et sténographie parlementaire : 150 ans d’une exigence publique.

Delphine Gardey

 

L’année 2007-2008 sera principalement consacrée à la rédaction d’un nouveau livre personnel sur l’histoire de la démocratie parlementaire écrite au travers de l’histoire singulière d’un groupe « d’amateurs », d’un métier, d’une profession et bientôt d’un corps de fonctionnaires : les sténographes (puis Rédacteurs des Débats) de l’Assemblée Nationale. Métier organisé autour de la maîtrise d’un savoir rare (la maîtrise d’une technologie d’abréviation de l’écriture) et contrôlé par des dynasties de virtuoses, maîtres et disciples dans cet art, la profession de sténographe des Débats est crée en 1848 comme une exigence nouvelle de la démocratie, dans le cadre d’une définition française et républicaine de la démocratie parlementaire obligeant à la certification officielle des discours prononcés dans l’enceinte parlementaire. Elle est confirmée sous la IIIe République et demeure jusqu’à nos jours, et en dépit des nombreuses alternatives technologiques ayant été susceptibles de se substituer à la prise de note sténographique tout au long du 20 e siècle. Cette recherche, déjà ancienne, a déjà donné lieu à des communications et publications. Le premier chapitre de mon livre : Écrire, calculer, classer. Archéologie des sociétés de l’information (1800-1940), paru aux éditions de la Découverte (Collection Textes à l’appui) en 2008, et intitulé « prendre en note », donne à voir, notamment, quelques-uns des éléments constitutifs de cette histoire des techniques d’enregistrement de son et de scripturalisation de la parole dans un contexte plus large d’étude des cultures matérielles de l’écrit au 19 e siècle.

Le livre à venir sera centré sur l’histoire et la sociologie de l’institution parlementaire et sur la façon dont une profession a été amenée à réaliser pratiquement une exigence politique majeure de l’achèvement démocratique que constitue cette exigence de publicité des Débats. Basé sur plusieurs mois d’observation du travail des rédacteurs des Débats et le dépouillement de nombreuses archives inédites, ce livre vise aussi à proposer un cheminement nouveau entre histoire et sociologie, passé et présent, archive et matériau issu de l’observation, de façon à interroger sociologiquement et théoriquement la solidité, la pérennité et l’agency des dispositions anciennes dans les formes instituées (et donc les organisations politiques) contemporaines.

 

  • Histoire de la librairie française. La librairie : nouveaux concurrents, nouvelles formes de commerce (1945-2005)

Frédérique Leblanc , Jean-François Loisy, Patricia Sorel, (dir.)

38 auteurs, dont Sylvie Contrepois, Chantal Horellou-Lafarge et Frédérique Leblanc

À paraître aux Éditions du Cercle de la librairie en 2009.

 

Sur les 38 auteurs participant au Tome II (La librairie : nouveaux concurrents, nouvelles formes de commerce (1945-2005)) dirigé par F. Leblanc, 18 sont des professionnels des métiers du livre et de l’écrit, et 20 des enseignants-chercheurs (en sociologie, histoire, information-communication, sciences politiques, économie, littérature et civilisation anglaise — membres de GTM, du CHCSC, du MATISSE, du GRS de l’ENS Lyon, du CERTOP à Toulouse, du centre Alexandre Koyré, du Centre d’Histoire du xix e siècle de Paris I-Paris VI ; enseignant dans les universités de Paris V, Paris X, Paris XIII, Versailles Saint-Quentin, Rouen, et dans les IEP de Grenoble et Bordeaux).

Il s’agit d’un travail devant couvrir l’ensemble des problématiques se rapportant au métier de libraire et, plus largement, à tout type de vente de livres. Cette recherche collective donnera lieu à la publication d’un ouvrage de 500 à 700 pages (plus d’un million de signes), alliant articles de fond et encadrés, et illustré par une abondante iconographie. La majorité des articles qui paraîtront dans cet ouvrage ne sont pas la reformulation d'études déjà publiées par ailleurs, mais le fruit de recherches inédites, voire des ouvertures de nouvelles pistes de recherche. L’aspect novateur de cet ouvrage est donc autant une difficulté (en particulier du fait du court laps de temps dont nous disposions pour sa rédaction) que l’un des principaux intérêts de ce travail, en terme éditorial comme en terme de publications pour les chercheurs .

Les premiers résultats éclairent la période de l’après-guerre longtemps « effacée » par le nouveau profil de la librairie et des libraires induit par la loi du prix unique du livre (1981) et le changement d’échelle de la commercialisation du livre, ainsi que la diversité des « cultures professionnelles » des différents types de points de vente du livre. Ils mettent également en évidence l’évolution des pratiques professionnelles liées aux conséquences de changements sociaux (désacralisation du livre, changement des modes de « consommation », accroissement de la durée des études, etc.) comme à ceux intervenus dans le secteur de la production/diffusion du livre elle-même (nouvelles formes de commerce, introduction de l’informatique dans les modes de travail, formation professionnelle etc.).

 

- Articles de Frédérique Leblanc :

> « La librairie : reconnaissance professionnelle et sociale ». Alors que les activités professionnelles liées au commerce sont socialement peu valorisées en France, celui du livre se différencie d’autres activités du même type par la seule connotation culturelle du produit échangé : les libraires, commerçants « à part » à la fois commerçants d'un côté, et professionnels de la culture. Quelles sont les répercussions de ce double ancrage problématique dans les catégorisations institutionnelles et dans les relations interprofessionnelles ?

> « Les groupements de librairies : un extraordinaire éclatement ». Certains groupements, parfois très spécialisés, ont une activité qui s’apparentent à une activité syndicale. De quelles traces d’une histoire sociale du métier et de ceux qui l’exercent ou l’ont exercé sont-ils porteur ? Au-delà de l’histoire à la fois propre à chacun et très liée au contexte social et inhérent au secteur du livre, quelles formes de « professionnalisation », quels affichages d’une pluralité limitée d’identités professionnelles proposent ces groupements professionnels ?

> « Les dictionnaires de langue française (DLF) en librairie » cet article sera rédigé à partir de l'étude Les usages du dictionnaire de langue française, (dir. J-C. Combessie), rapport final pour la Délégation interministérielle à la langue française, Centre de Sociologie de l’Éducation et de la Culture, 1993). Ce type de dictionnaire est à la fois un livre comme un autre dans la pratique ordinaire des libraires, et le « livre des livres » dans leur librairie. Le nombre de titres existants est si restreint qu’au delà des contraintes économiques et spatiales, privilégier une maison d’édition plutôt qu’une autre traduit l'orientation d'un magasin. Le DLF est une des quelques clefs qui permettent de « lire » l'image d'un magasin.

> « L’évolution du rôle social des libraires » (in Histoire de la librairie, Tome I Libraire : vers l’autonomie d’un métier, 1810-1945). Certains libraires de la fin de l’Ancien régime appartiennent à la bourgeoisie appelée à occuper des positions dominantes après la chute de la royauté. La librairie perd alors peu à peu la position importante qu’elle avait à la fois dans l'ensemble des métiers du livre et dans la société en général car la division sociale du travail qui structure l’espace social attribue la prédominance aux créateurs, producteurs et administrateurs de la production. Les classements des activités professionnelles qui se développent au cours du xix e siècle renforcent ce déclassement.

 

- Article de Sylvie Contrepois :

> « Histoire du syndicalisme patronal des libraires de 1945 à nos jours ». Enquête orale auprès des témoins privilégiés du secteur de la librairie (anciens et actuels responsables syndicaux) et recherches archivistiques dans les fonds collectés à l’occasion de la recherche et à l'IMEC.

Dès son origine, en 1892, la chambre syndicale des libraires de France se fixe comme objectif de grouper les libraires et de réglementer la vente du Livre de telle sorte que le libraire puisse vivre honorablement de sa profession et soit mis à l’abri des dangers qu’un manque de statuts lui fait courir. A cet égard, la période qui s'ouvre après la seconde guerre mondiale s'inscrit dans une forte continuité historique avec la période d'avant guerre. Pour autant, cette période est marquée par d'importantes ruptures. Le mouvement syndical des libraires se divise et se recompose à plusieurs reprises. Ce chapitre retrace, dans sa première partie, l'histoire de ces transformations organisationnelles, survenues entre 1945 et 2006. La seconde partie est consacrée à une analyse de l'évolution des principaux thèmes de l'action syndicale : la convention collective, le prix de vente du livre, la formation professionnelle, le transport du livre, la réglementation de la profession sont autant de sujets abordés de manière récurrente et pour lesquels les syndicats de libraires ont réellement développé une stratégie d'action.

 

- Article de Chantal Horellou-Lafarge:

> « Les employés de librairies depuis 1945 ». L'INSEE recense aujourd’hui environ 26 000 points de vente du livre, et pour la vente de livres, journaux, papeterie on compte 14.304 entreprises, dont 45 % n’emploie aucun salarié, 48 % entre 1 et 5 salariés, et 7 % seulement ont plus de 5 salariés. Au 31 décembre 2004, l'INSEE dénombrait 32 736 salariés et 44 122 personnes occupées en équivalant temps plein (Enquête annuelle d’entreprise : livres, journaux papeterie, INSEE exercice 2004). La plupart des employés sont formés par le libraire, leur progression professionnelle est concentrique, elle consiste à accumuler et développer du savoir et du savoir-faire. Progressivement l’employé va passer de la réception et du déballage des cartons, au rangement dans les rayons et à la vente avant d'accéder à la responsabilité d’un rayon pour lequel il effectue les achats et choisit la constitution du fonds, décide de la façon dont il fera la promotion d'un ouvrage. L’originalité de la librairie par rapport à d’autres commerces est de vendre « un produit pas comme les autres », d’avoir « une mission » à remplir, celle de transmettre la « culture ». C’est au vendeur que revient souvent la tâche culturelle et originale du libraire, tandis que les emplois supérieurs ou de direction concernent plutôt la gestion. Or, en librairie, on peut considérer que les tâches de gestion financière et commerciale doivent donner une part très importante à l’activité culturelle et la rencontre entre œuvres et clientèles. Il s’agit donc de connaître la trajectoire des employés de librairie depuis la dernière guerre mondiale, de suivre l’évolution de leur emploi qui va en se professionnalisant par l’intermédiaire de la formation initiale ou permanente, de déterminer le rôle qu’ils tiennent dans les différents lieux de vente. La majorité des employés de librairie sont jeunes, on se demandera comment ils ont choisi leur emploi, s’ils penchent du côté de la vente (la convention collective dont ils relèvent dépend du lieu de vente où ils travaillent) ou du côté de la culture, et ce qu’ils deviennent quand ils quittent leur emploi.

 

  • Évolution des libraires et des librairies « à vocation culturelle » (1992-2007)

Chantal Horellou-Lafarge et Frédérique Leblanc

Projet 2009

 

Le développement de la vente de livres sur internet, s’il reste lent, ne prend pas moins sa part du marché du livre à des points de vente comme la FNAC ou des librairies indépendantes. Ces derniers mois, plusieurs enquêtes ont été publiées ou lancées sur les publics des différents points de vente et leurs attentes. La question à peine masquée de ces études est récurrente : les librairies vont-elles disparaître ? Tout en souhaitant apporter des éléments de connaissance de notre monde contemporain qui suscite des questions sociales fortes et légitimes, nous nous proposons d'élargir ce questionnement à une problématique plus générale tout en prenant la librairie comme objet : est-il possible d’exercer un même métier en faisant valoir des identités professionnelles originales quand les modes d’organisation et les techniques de travail tendent à s’uniformiser ?

En 1992, un questionnaire a été diffusé auprès des adhérents de l’Œil de la lettre qui défendait alors la promotion de librairies proposant une offre culturelle exigeante en entretenant un fonds « profond » et en assurant au client un conseil de qualité. Comparées aux données recueillies auprès de libraires adhérant à trois autres groupements professionnels défendant des conceptions du métier moins directement liées à la création littéraire, les réponses au questionnaire font ressortir les particularités des adhérents de l’Œil de la lettre et de leur librairie.

Une enquête, reprenant le même questionnaire réactualisé, sera mené auprès d’adhérents d’Initiales, successeur dans le temps de la plupart des intentions de l’Œil de la lettre, et d’autres librairies de même type, pour déterminer si les libraires, qui affichent aujourd’hui leur vocation culturelle et/ou militantes, ressemblent davantage à ceux qui les ont précédés ou à d’autres libraires actuellement en activité, tant dans leurs profils que dans les caractéristiques de leur librairie et leur pratique du métier. Cette recherche en cours a fait l’objet d’une présentation au deuxième Congrès de l’AFS (RT1) en 2007.

 

  • Mutations de l’édition contemporaine : histoire, structures et flux, une approche internationale

Coordonnateur scientifique : Jean-Yves Mollier, CHCSC (Centre d’Histoire Culturelle des Sociétés Contemporaines), responsable scientifique : Gisèle Sapiro (Centre de Sociologie Européenne).

Frédérique Leblanc et 14 autres (enseignants-) chercheurs

Financement : ANR, réponse attendue en septembre 2007.

Durée : 2008-2010

 

Dans ce projet interdisciplinaire, historiens, sociologues, littéraires et anthropologues croisent leurs grilles d’analyse et, en replaçant les phénomènes observés dans le temps long, interrogent l’évolution actuelle des structures de l’édition et de la diffusion du livre dans les points de vente, au niveau mondial. Il se propose, en articulant deux axes d’étude, « rationalisation » et « internationalisation », d’interroger, dans une approche globale et interdisciplinaire, l’évolution du marché du livre dans le monde. Au-delà des nécessaires approches économiques que les séries statistiques permettent, l’étude des échanges de biens symboliques et celle des institutions nationales et internationales a pour objectif de montrer la complexité des facteurs qui interviennent dans la globalisation des échanges au début du xxi e siècle.

Le mouvement de concentration économique qui affecte le secteur de l’édition depuis les années 1970, et ses effets possiblement opposés à la création, sont au cœur des discours sur l’évolution de l’édition contemporaine. Ce projet entend considérer, au niveau de la diffusion-distribution, pôle le plus « économique » de la chaîne éditoriale, les effets de cette concentration sur la diversité de l’offre culturelle. Il s’agit d’étudier l’évolution historique des pratiques professionnelles et des outils de la diffusion-distribution des livres, ainsi que de considérer comment les agents de ce secteur assurent la coexistence des contraintes d’une rationalisation des outils du commerce (promue par les plus grosses entreprises) et celles de l’invention artistique et intellectuelle, constitutive d’un produit unique et innovant.

Dans une perspective diachronique, considérer les mutations de la commercialisation des livres au niveau d’une sociohistoire de la diffusion-distribution depuis 1980 et des représentations et savoir-faire professionnels, de la morphologie de la population des agents, et enfin des outils mobilisés, c’est sortir des discours qui opposent logique artistique et logique commerciale et des visions qui privilégient l’amont du processus éditorial, l’édition. L’analyse de ces métiers peu étudiés permettra une approche des manières dont les innovations technologiques se diffusent, transforment les pratiques et peuvent être des vecteurs de diversité ou de standardisation. Ici, l’innovation est considérée comme un enjeu social et une ressource cognitive sans cesse reconfigurée par les agents individuels et institutionnels. L’observation des pratiques et des outils professionnels, autant que l’écriture de l’histoire de ce secteur, permettra de reconstituer l’univers technologique, concurrentiel et cognitif dans lequel ces métiers se renouvellent depuis 35 ans.

 

  • Médecins de l’éducation nationale : satisfactions et insatisfactions d’un corps professionnel en quête de reconnaissance

Agnès Ducros

Thèse sous la direction de Régine Bercot

Inscription en 2006-2007

 

La formation universitaire médicale ne donne pas de place à la médecine scolaire. Ce n’est pas au cours de ces études que se déterminent les médecins qui exerceront la profession de médecin de l’ Éducation nationale. Pourtant, les caractéristiques et les spécificités de cette profession, en font un « segment de la profession médicale ». Ces médecins semblent être en quête de reconnaissance aussi bien de la part de leurs confrères cliniciens que de leur institution d’appartenance. Notre objectif est de restituer les conditions d’exercice du métier et de montrer quelles sont les différentes manières de prendre en charge ce rôle. L’étude reposera sur des analyses de situation grâce à l’observation participante. Des entretiens réalisés auprès de médecins de l’Éducation nationale permettront d’étudier les éléments qui peuvent engendrer tout à la fois satisfaction et mécontentement.

 

 

  • La restauration des œuvres de musées : transformation d’une activité et dynamique professionnelle

Léonie Hénaut

Soutenance prévue en 2008

 

Dans cette recherche, menée dans le cadre d’un doctorat de sociologie, nous avons étudié la transformation de l’activité de restauration des œuvres d’art en France depuis les années 1950, et notamment dans le monde des musées. L’analyse a porté, dans un premier temps, sur la façon dont sont apparues et se sont diffusées au niveau international les innovations scientifico-techniques, les nouvelles conventions et les nouvelles formations qui ont contribué à redéfinir en France l’activité étudiée ainsi que le groupe professionnel des restaurateurs. Dans un second temps, nous avons étudié l’impact de cette redéfinition des pratiques professionnelles des restaurateurs, ainsi que celui de leur montée en profession, sur leurs relations avec d’autres acteurs du champ d’activité (les conservateurs de musées, les marchands, mais aussi les amateurs et les artistes) et la division du travail au sein des institutions culturelles.

 

  • Les détectives privés : une profession à la recherche de son identité

Claire Lhuissier

Thèse sous la direction de Danièle Linhart.

Nous espérons compléter le maigre état de la recherche existant sur cette activité professionnelle avec un panorama socio-historique actualisé de la profession en France, depuis sa création jusqu’à nos jours ; un éclairage inédit sur la réalité des pratiques quotidiennes des détectives à Paris et en province ; un approfondissement des composantes de l’identité professionnelle des enquêteurs privés contemporains, notamment à travers leurs trajectoires personnelles mais aussi à travers la perception qu’ont d’eux leur clientèle et les autres professionnels des milieux judiciaires.

Nous nous intéressons à la légitimité du détective privé et à sa fonction réelle dans la société contemporaine. Il s’agit de proposer un éclairage sociologique sur l’émergence, le développement et l’évolution actuelle du métier (définitions et avatars à la fois institutionnels, administratifs, économiques, théoriques et pratiques, individuels et collectifs d’une activité méconnue - voire fantasmée et mythifiée). La place et la fonction attribuées au détective au sein du corps social ne semblant pas aller de soi, on cherchera d’une part à cerner si le détective peut exercer en toute légalité sans bénéficier de la légitimité que lui confèrerait un statut d’auxiliaire de justice ; on se demandera d’autre part ce que cette activité stigmatise dans un système démocratique où l’État est censé assurer la sécurité du citoyen et de ses biens par des voies institutionnelles.

Nos travaux antérieurs nous incitent à envisager plusieurs hypothèses fondatrices. En premier lieu, phénomène social érigé en thème littéraire, le « privé » pâtit d’un déficit d’image constaté et d’une vision déformée de son métier. En second lieu, le métier de détective s’apparente aujourd’hui à une activité libérale para-juridique « non-réglementée » dont les praticiens sont toujours en quête d’un statut administratif et légal définitif. Enfin, l’identité professionnelle du détective repose avant tout sur une communauté d’esprit et une appartenance revendiquée : elle n’est que faiblement étayée par des actions collectives, les détectives se retrouvant surtout dans une culture commune (références, représentations du métier, valeurs et langage…).

Notre terrain d’enquête comporte trois volets d’étude, à la fois distincts et complémentaires :

- Une formation universitaire dispensée par la faculté de Panthéon-Assas (Paris II), qui prépare depuis 1998 des promotions d’étudiants à des diplômes professionnels (DUP) d’ « enquêteur privé » ou de « directeur d’agence ».

- Les syndicats de la profession et autres organismes apparentés ;

- les agences de renseignements elles-mêmes : mode de fonctionnement et pratiques de leurs personnels.

 

  • Parfumeurs et parfumeuses : quelle redéfinition du métier de « nez » ?

Sarah Nechtschein

Thèse sous la direction de Danièle Linhart.

 

La traditionnelle division sexuée des tâches dans la création de parfums reste d’actualité : création, organisation et prestige pour les hommes ; précision, minutie et exécution pour les femmes. Mais cette configuration, avec le parfumeur comme homme singulier, dans un univers largement féminin (clientes et exécutantes) est actuellement mise en cause par une féminisation du métier de « nez ». Il conviendra de mesurer précisément l’ampleur du phénomène puis d’en cerner les contours.

La parfumerie moderne à ses débuts alliait des caractéristiques artisanales (avec la question des savoir-faire dans la création) à quelques caractéristiques industrielles (avec le principe de la série dans la production). L’intensité et la structure de la « demande sociale » de parfum ont depuis profondément évolué, et la structure du marché de la parfumerie a changé : ce sont les grands groupes détenteurs des marques de produits parfumés ou parfumant qui deviennent les clients des établissements de création de parfum.

Cette transformation entraîne un bouleversement du déroulement temporel de la création de parfum. Aujourd’hui, le personnel des départements de création de parfum interroge leur « banque de jus » préparés à l’avance pour voir s’il en existe un répondant aux caractéristiques réclamées par les clients. De plus, le choix entre les différentes propositions réalisées en réponse à l’appel d’offre est tranché par un panel de consommateurs dont tous soulignent le manque d’audace olfactive.

Ces différentes mutations ont pour premier corollaire une redéfinition du métier de parfumeur, la part de l’expression créatrice cédant le pas aux compétences en chimie organique. Cette évolution se répercute sur – et est entretenue par – la formation des parfumeurs. On observe le déclin des parfumeurs traditionnels au profit des diplômés de l’ISIPCA (Institut Supérieur International du Parfum de la Cosmétique et de l'Aromatique Alimentaire), chimistes organiciens choisissant la parfumerie comme spécialisation en fin de cursus, sans que cela constitue forcément une « vocation ». Cette évolution marque une baisse du pouvoir d’auto organisation de la profession de parfumeur qui n’est plus en mesure de choisir ses propres membres. Le deuxième corollaire de ces mutations est la montée en puissance des intervenants de la création de parfum qui ont pour fonction la gestion des relations avec les clients des grands groupes : les évaluateurs et les commerciaux.

L’absence d’analyse sociologique de la féminisation de l’activité de parfumeur comme indice de cette tertiarisation du métier, justifie de se pencher sur les évolutions du contenu même de l'activité de parfumeur, en particulier cette déstabilisation/redéfinition de la profession et sa tertiarisation en cherchant à mettre en relation ces évolutions avec le processus de féminisation. Quel est le taux de féminisation de cette activité technique autrefois dévolue aux hommes et comme évolue t-il au cours du temps ? Les parfumeuses accèdent-elles aux mêmes formes d’emplois, aux mêmes statuts ? Les femmes semblant plus nombreuses à s’occuper des lignes dédiées aux enfants, de parfumer des cosmétiques et autres produits odorants, comment sont-elles représentées dans les modes d’activité les moins traditionnels de la profession ? La division sexuée du travail dans la création de parfum est-elle en déclin ou ses frontières se sont-elles simplement déplacées ? Cela permettra de voir si, dans cette situation de bouleversement, le corps des parfumeurs répond en différenciant les tâches qui « peuvent » être occupées par les femmes de celles qui « doivent » être occupées par les hommes. Il convient de ce fait de tester l’hypothèse que le processus de féminisation est en relation avec l’institution d’une nouvelle division du travail entre le « pur » et « l’impur ».

 

  • Les cadres infirmiers, un nouveau métier ?

Sophie Reinhardt

Thèse sous la direction de Régine Bercot

 

Cette recherche porte sur une approche identitaire des cadres infirmiers qui forment une catégorie professionnelle pratiquement méconnue du grand public. Ils sont pourtant le pivot du système hospitalier, écartelés entre le personnel soignant et la direction. Un cadre infirmier est avant tout un infirmier ayant passé un concours et suivi une formation afin d’évoluer dans sa carrière hospitalière et devenir cadre. Les cadres infirmiers sont aujourd’hui tiraillés entre le bien-être des patients, les attentes de leurs personnels et les exigences économiques de la direction hospitalière. De soigneurs, ils deviennent managers.

Le but de cette thèse est de répondre à plusieurs questionnements : comment devient-on cadre infirmier, mais surtout comment se constitue, et est vécu ce changement d’identité professionnelle ? Quel rôle la formation joue t-elle dans cette nouvelle construction identitaire ? Qu’est-ce que le processus de « deuil des soins » chez ces professionnels ?

Une enquête par observation est menée dans un centre de formation des cadres de santé afin d’analyser le contenu des cours dispensés et de suivre ces futurs cadres dans le quotidien d’apprentissage de leur futur statut. L’entretien auprès de cette population d’étudiants et de formateurs permet de mettre en évidence les parcours professionnels ainsi que les enjeux et les résultats de ces formations. À la fin de cette observation ethnographique, une autre observation accompagnée d’entretiens permettra d’étudier l’évolution de leur positionnement au sein de leur nouveau rôle et la manière dont se fait leur intégration, en suivant régulièrement quelques-uns de ces étudiants au sein de leur milieu professionnel.

 

 

 

 

 

 

Mise à jour de la page : 25 avril 2008

 

 


       





 

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